Bonjour, je suis André.
Je me suis fait avoir toute ma vie. Très vite, je me suis mis à avoir toute la vie en retour. Je me suis mis à croire que j’étais un intellectuel. C’était pathétique. Je me suis éloigné de la réalité, et mes vœux les plus chers se trouvaient dans cette réalité. C’était triste…
J’ai fait croire à toutes les dames que j’étais intéressant. Elles m’ont cru. Je me suis rendu compte que les gens sont intéressés par les choses dites intéressantes.
Toutes les dames m’ont fait croire que j’étais intéressant. Je les ai crues. Elles se sont rendues compte que les gens comme moi se sentent intéressants seulement en le disant.
J’ai finalement fléchi, pour la millième fois. Eh comme d’habitude, ça s’est estompé.
Ça n’a pris que quelques jours et des poussières. Chez certains, ça prend 20 secondes. Moi, ce n’est pas une question de temps. En fait, ce n’est jamais une question de temps pour personne. Le temps est une excuse pour se référer à quelque chose dont on a aucun contrôle. Aussi bien dire que c’est l’œuvre de Dieu…
J’ai fléchi pour une nouvelle fois. Eh comme d’habitude, ça s’estompera. Ça ne prendra que quelques jours et des poussières.
Je suis André… et l’amour est une chose qu’il ne faut pas comprendre.
*
Je me suis donc tourné vers le bonheur, et humblement, je l’ai trouvé.
Je suis quelqu’un d’égoïste. Vous pouvez peut-être penser que derrière ce mur ridicule se cache une personne tendre et intelligente; non. Je suis une merde qui recherche le bonheur pour soi. Si le partager décuple mon bonheur, une pierre deux coups!
Je suis un être fondamentalement égoïste. Mais tout ça ne marche pas: chercher le bonheur pour soi, c’est se condamner à être malheureux. Le plus frustrant, c’est de constater que tout le monde semble heureux sauf vous.
Ironiquement, lorsque plus tard je succombe sous le poids de mon malheur égoïste, je trouve le bonheur, le miens, le vrai.
Mon bonheur véritable est lorsque j’accepte le bonheur des autres. Le bonheur, je l’obtiens quand mon mal intérieur devient si grand qu’il devient absurde.
Tout à coup, les gens heureux me rendent heureux! La simplicité vient chasser la complexité de la vie et des tourments difficiles. Le sens de la vie trouve un sens. L’amour semble léger, futile et romanesque. Le bonheur semble être une entité plus grande que moi qui est accessible à tous. La passion m’envahit: je ne suis plus prisonnier de mon égoïsme, je vis pour les autres! Mon regard est nouveau et voit toute la beauté du monde! Je ne sens plus le poids d’être le dénominateur de mon propre bonheur; j’accepte de sacrifier mon bonheur pour que celui des autres soit plus fort.
Et c’est sur cette finalité que j’accepte le martyre, j’accepte de mourir.
Au revoir, je suis André, et je fus crucifié.